Ma traversée mer et montagne

Un 100 miles live

Récit d'ultra trail.

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Font-Romeu, 1800m d'altitude, vendredi 7 octobre 2016. Je suis au départ des '100 miles Sud de France', un ultra trail des 'Pyrénées à la mer' qui relie Font-Romeu à Argelès-sur-Mer, soit les Pyrénées Orientales. 165Km, 8000 mètres de dénivelés positifs (et 9800D-). En solo, non stop, sans assistance, mis à part mes sacs à chacune des 3 bases de vie, et les ravitos de l'organisation. Un ultra assez classique en soi. Je n'ai jamais fait plus de 18h30 d'effort trail, et encore, c’était en 2004 aux Templiers... durant ma jeunesse. Donc bien que classique, je me lance dans l'inconnu et dans l'aventure. La météo s'annonce clémente pour les 2 jours, plutôt fraîche la nuit (je préfère cela que le cagna du jour), pas de précipitations. Nous sommes 211 à nous élancer, ce qui est peu (c'est pas la grosse machine de l'UTMB ou des Templiers, et cela garantie donc de longues sections seules, sans rencontrer un seul être humain... ce qui se confirmera la nuit). Mon objectif: 'finisher', me prouver que j'ai un 'ultra dans les jambes' (et dans la tête), et bien sur prendre un max de plaisir, de sensations, et d’émotions. Les douleurs sont les bienvenues, mais pas les blessures. Esti. timing: entre 39h et 40h, bien qu'il soit toujours difficile d'estimer sur ce genre de courses.

10h00, c'est parti. Beau soleil, vue splendide sur les Pyrénées et ses sommets enneigés (en effet, les premières neiges sont tombées la veille), il fait frais mais parfait pour courir. On commence par une gentille descente sur environ 13K, parcours roulant. Surtout, ne pas partir trop vite ('la route est longue' je me répète), courir à son rythme ('je fais ma course'). Je check mes pulses avec ma Suunto, comme à mon habitude, et me force à rester sous les 140, cool. Les sensations sont bonnes, les jambes légères, tout est OK. Enjoy le large sentier dans les bois, et ses senteurs... hmm... 'ça sent le Sud' je me dis. Quelques mini remontées, et on arrive tranquillement à Mont Louis, pour le 1er checkpoint et ravito (auquel je ne m’arrête pas), 41 min je suis 140eme, soit 'en tête du dernier tiers'...no problemo... je suis bien, a 'mon rythme' ai-je dis. Ma stratégie ravito est la suivante: i) faire un gros arrêt, entre 30 et 45 min, à chacune des 3 bases de vie, et ii) faire un mini arrêt (max 3 minutes à tous les autres ravitos) juste le temps de recharger en eau/boisson ISO, manger un mini bout, et échanger quelques phrases avec les bénévoles. En fait, je mange aussi entre les ravitos, tout en marchant, grâce à mon stock de barres et de mini sandwichs (stock que je remplie à chaque base de vie).

On passe ensuite à travers un ancien fort Vauban magnifiquement fortifié, je croise mon père à la sortie de Mont Louis (il rentre ensuite sur Toulouse, j'ai passé le dîner la veille avec lui, la nuit dans le bungalow et le petit dej – très sympa, et bonne aide logistique au départ), une autre légère remontée nous amène à Planès, 1h15, 137eme. Je recharge en eau (avec mes recharges poudre isotonique), je croc un mini morceau de pâte d'amande, c'est reparti. La course commence vraiment ici.

3 grosses montées, plus 3 autres petites, soit 6 uphills pour 2500m D+ entre le 13eme et le 53eme kilomètre. On va enchaîner les efforts concentriques/excentriques. Je monte tout doux, je suis religieusement ma Suunto pour ne pas aller trop vite, max 150 pulses dans les montées. Passage, vers le km 25, au col de la Mitja, à près de 2300m d'altitude, vue magnifique à 360 degrés, luminosité de ouf, top. Les vues sont vraiment belles sur ces passages entre 1700 et 2300m d'alti, avec toujours quelques sommets enneigés en fond. Redescente sur Mantet, le next checkpoint, 6h35 de course, je suis 104eme, je suis toujours frais. J'ai donc progressé de 33 places en plus de 5h, sans vraiment m'en rendre compte. Je n'ai pas accéléré, j'ai simplement fait les descentes normalement, et rattraper des coureurs sûrement partis trop vite pour leur niveau, comme à chaque course. J’échange les premiers SMS avec Stef (je garderai leur contenu pour nous), et je suis ma route. Je me force à ne pas 'lâcher les chevaux' dans ces grosses et longues descentes... il faut protéger les quadris... j'en aurai besoin pour les D+ a venir. Il fait maintenant plus chaud, mais pas trop chaud, tout roule.

Tout cela m'emmène à bon port à la base de vie 1 à Vernet les Bains (superbe petite ville), km 53, 8h55 de course, 97eme place. So far so good, mais je n'ai pas oublié que les 3 années précédentes, que ce soit à la 6000D La Plagne, à la Grande Casse, à la MaxiRace Annecy, ou plus récemment (il y a seulement 2 mois de cela) à l'UT4M... j'ai systématiquement eu un coup de barre après 6h a 8h de course, suite à ravito, et parfois même un très très gros coup. Problèmes de digestion, difficultés à boire (ce qui engendre un cercle vicieux terrible), et les jambes coupées (plus de 'leg power' comme je dis). Donc je reste méfiant à ce stade de la course. Cependant, cette fois, j'ai fait des changements versus mon alimentation et hydratation habituels, à savoir i) mieux équilibrer sucré et salé, y compris des pâtes aux gros ravitos (ce que je ne faisais jamais avant), ii) manger surtout au début des montées (et non pas en fin, ni en descente), et

iii) boire boire boire... avec 90%+ de la boisson iso malto (en fait, je me force a boire, environ toutes les 5 minutes un schlout) (j'ai fait l a grosse erreur, dans le passé, de ne boire que de l'eau claire). Les 10% restants étant eau pétillante au ravito, et jus de soupe de pasta. Zero coca, zéro jus de fruit chimique, zéro autre daube... surtout pas le Gatorade ultra chimique de chez Pepsi. Je me dis que 'l'on peut être sous hydraté, mais jamais sur hydraté'! D'ailleurs, je ferai des pipis toutes les 2 heures... preuve de cette bonne hydratation, du début à la fin. Arrêt de 34min à cette première base de vie, je retrouve mon sac (après 2 minutes de recherche dans le fourbi... et oui, c'est ce qui se passe quand on n'a pas d'assistance), me réapprovisionne en sandwichs, barres et produits iso, mange une petite assiette de pâtes et sa soupe (qui passe très bien... 'bonne nouvelle' je me dis), quelques chips (pour l'équilibre salé), j’enlève les poussières des mes shoes, je me mets en monde nuit (à savoir, je sors la frontale Stoots), mais je garde mon T-Shirt fétiche et désormais puant, je décide d'attaquer le nuit comme ça... pas besoin d'une deuxième couche. Je reprends ma Suunto qui a rechargé un peu (j'ai fait le choix de me surcharger un peu en prenant un chargeur). On we go.

Sortie de la base de vie. Il fait maintenant nuit. 9H29 de course, 90eme, et on attaque 'THE' montée...1500D+ non stop jusqu' au refuge des Cortalets. Je pars seul. Je ferai d'ailleurs 100% de cette montée de 3 heures casi seul, me faisant doubler par 5 ou 6 coureurs, en doublant d'autres. Il est donc 20h30... et c'est pour moi 'l'heure de vérité'... vais-je avoir le 'leg power'? Je pars, et les sensations sont là, les jambes au top, je me mets dans mon rythme, ma bulle, je mets les écouteurs pour 1 heure de radio (ça aide parfois à faire passer le temps dans la nuit, surtout en montée monotone), et hop... je suis vraiment content, pas de coup de barre contrairement aux courses précédentes, les changements de stratégie alimentaires/hydratation semblent donc fonctionner.

12h29 de course, il est donc 22h29, j'arrive au refuge des Cortalets, 2150m d'alti. Il fait fresco. Content d’arriver, la montée s'est bien passé. J'ai déjà 4000 de dénivelés dans les pattes, soit 50% du total. Beaucoup de bénévoles sont là, l'ambiance est sympa. Je vais ensuite attaquer une phase de descentes, plats et faux plats dans le cœur de la nuit, donc je me dis que c'est le bon moment pour mettre les gants et sortir le coupe vent Asics ultra léger (à masse presque négative...) et compact. Je fais cela dans le refuge, au chaud. J'entre, il fait en effet très chaud dedans.... un traileur anglais y fait sa pause, un bénévole lui demande comment ça va, il répond 'it is beautiful, but very hard'...puis il part à l’étage dormir, pas sur qu'il fasse le bon choix, mais comme dit l'autre 'chacun fait ce que voudra'. Pour ma part, pas du tout sommeil à ce stade. Je ressors du refuge, et là ... ouch.... ça caille, grosse diff de température, je dois passer de +25 a +3 degrés, avec en plus un petit vent. Du coup, stratégie 'ne pas traîner, se mettre en action, bouger pour se réchauffer'.... la prochaine fois... je mettrai mes affaires en restant dehors pour éviter les gros changements de températures. Au bout de 5 minutes, j'ai chaud à nouveau, good. Devant moi, environ 25 km dans la nuit, alternant plats, faux plats, descentes, avec simplement une montée de 250D+... les 600 lumens de la frontale, ainsi que mes 2 bâtons, vont m'aider à donf.

Après un passage caillouteux et non roulant, le sentier est correct. Je croise des vaches, moutons, chevaux et autres bébêtes. Les pulses sont maintenant plus basses (le cœur commence à se mettre organiquement en phase de replie et de protection), mais j'ai un bon rythme. Je descends en prenant du plaisir. Arrivée au ravito de Batère, 15h50 de course, je suis 86eme, il est donc près de 2h du mat. Au fait, je mentionne tous ces classements, mais je ne les connaissais pas durant la course. C'est 'tracedetrail' qui me donnera tout cela après. Grosse descente, beaucoup plus roulante que la précédente, de Batère à Arles, la base de vie 2. J'arrive donc au km 90, près de 4500D+, un bon 50 à 55% de l'effort théorique, je suis maintenant 69eme, 17h50 de course, il est donc 3h50 du mat. Ça va à ce stade, mais je sais que la route est encore longue, et je vais vraiment entrer dans l'inconnu au delà de 18h d'effort.

J'avais prévu de faire une micro sieste de 25 min à Arles, mais c'est un peu bruyant, pas mal de coureurs ont des têtes de zombis, certains dorment à même le sol au milieu du zoo, et j'ai pas sommeil. Et puis au fond de moi... j'ai envie de vivre les 'hallucinations dues au manque de sommeil' que j'avais lues dans beaucoup de récits de traileurs... ça doit être une sacrée expérience... et j'aime les nouvelles sensations. Vais-je voir des pizzas géantes? Des barils d'Ariel accrochés aux arbres?. A ce stade, nous ne sommes plus que 173 coureurs, soit 38 abandons. Je me sens toujours bien, j'ai le moral au beau fixe. D'autant plus que je suis en avance sur mon 'plan de course'. Je l'avais fait big picture, pas précis, mais je gagne du temps au fur et à mesure, et la, je repars casi avec 2 heures d'avance. C'est toujours bon pour le moral. Donc au pire, je me dis que je pourrai dormir plus tard 2 heures si j'ai le besoin, derrière un buisson, sous

ma couv de survie et repartir. Je gère ma pause à la base de vie exactement comme la précédente, je recharge la Suunto, mange des pastas, un peu de fromage, quelques chips, je bois. En revanche, je décide cette fois de ne pas ouvrir mes shoes, car je sens des débuts d'ampoules.... et je préfère ne pas 'ouvrir la boite de pandore' et ressentir ensuite du mal. Je ne change rien de mes habits, ni shoes, alors que j'avais pris du rechange pour tout dans les sacs de base de vie. SMS à Stef. C'est donc reparti, toujours avec mon T-Shirt manche longue orange et ma deuxième couche Asics.... je dois commencer à sentir le bouc. Aucun problème de digestion, et d'ailleurs, je me dis qu' à ce stade, je n'en aurai plus, car j'ai de l'appétit, surtout pour le salé, et je reste 'on mission' refusant gentillement, par exemple, une saucisse que me tend le chef cuisto à la base de vie. Je repars à 4h27 du mat, 63eme, pour attaquer cette 3eme partie de mon périple.

Ca repart pour une grosse phase de montée.... seul, tout seul, personne ne me passe et je ne double personne.... mais la nuit devient moins sombre, l'aube commence à arriver progressivement. Et la, devant moi, à 50 mètres, je commence à voir un énorme cheval, qui me regarde et qui à l'air en liberté, seul au milieu de la foret. Je me demande si j'ai mes premières allus... je vais vers lui, et bien non, un vrai cheval en liberté qui me fixe... je fais quand même un petit détour pour ne pas passer trop prêt, on ne sait jamais. Je continue de monter, toujours du leg power. Le jour se pointe. 105 km/5000D+... tout roule toujours... sauf blessure, je serai au bout me dis-je. Je suis au sommet de la troisième partie de course, malheureusement dans les brumes matinales, donc je ne peux pas profiter de la vue. Mais de toutes façons, le terrain est tellement mauvais, pierreux, voir glissant... qu'il vaut mieux regarder ses pieds. Sommet atteint, j'attaque direct la redescente, et pour la première fois... les quadris brûlent et les jambes ne veulent plus courir... la fameuse transition excentrique/concentrique. Je décide donc de marcher 2 minutes, puis de repartir tranquillement et progressivement en rythme course... ça brûle toujours aux cuisses, mais ça finit par repartir. Ensuite, bonne nouvelle, je double même plusieurs racers qui eux... descendent en marchant et n'arrivent plus à courir... j'ai mal pour eux. Comme quoi, mes quelques séances de training 'spécial descente' et les enchaînements montée/descente sur les sorties longues dans les montagnes de Haute Savoie ont payé. Mais c’était sans savoir que j'attaque alors une partie horrible de cet ultra, à savoir 50km de course sur caillasse, béton/route, des parties cassantes, d'autres non roulantes et pour certaines même dangereuses et inintéressantes. Tient, les premiers coureurs du 75km commencent à me doubler, ils passent comme des fusées, c'est amusant de les voir, ça fait de la distraction. Arrivée au ravito des Illias, 10h30 du mat, 55eme, environ 1h30 d'avance sur mon topo, je ne gagne plus de temps, mais je reste en rythme. Je mange un peu plus de salé que d'habitude, et c'est ici pour la première fois que l'on me donne mon classement – j'avais le sentiment de remonter des places depuis le début de la course, mais n'avais aucune idée du ranking. Ceci dit, être 55 ou 25 ou 125eme... ça change pas grand chose, je veux juste être finisher, faire de mon mieux, et continuer le plein de sensations.

C'est reparti en direction du Perthus pour une petite quinzaine de kms. Arrivé à la dernière base de vie au Perthus (ville plutôt horrible... et oui, c'est le lieu de passage France-Espagne, beaucoup de camions, bruit et autres). Je reprends mon schéma habituel de longue pause, environ 35 minutes. A cote de moi, une coureuse hurle de douleur en enlevant sa chaussette... qui semble-t-il lui arrache des ampoules. Moi, je préfère ne pas regarder mes pieds – je n'ai pas de douleur, donc je décide de garder les mêmes chaussures et chaussettes (et d'ailleurs toujours les mêmes habits aussi... j’économiserai de l'Ariel). J'avais prévu à cette base une seconde micro sieste de 25 min, mais je n'ai toujours pas sommeil. L’adrénaline de la course je pense, donc je passe... et je me dis que j'irai sûrement au bout sans dormir. J’écoute mon corps tout en mangeant une soupe de vermicelles, bien assis sur ma chaise, toujours pas de problème d'articulation, courbature ou autre. En général, ce n'est pas mon point faible, mais la, ça se passe vraiment bien. Je pense qu'avoir posé mes fesses une vingtaine de minutes sur une chaise, à chaque base de vie, ça a fait du bien, entre autres pour reposer les lombaires. Aussi, dans les descentes, j'ai toujours gardé le pat souple, quitte à aller 1 ou 2 km/h moins vite qu' à l’entraînement... 'qui veut aller loin ménage sa monture'. Pas de crampe non plus. Les jambes sont dures, mais répondent encore. Je prends mon iphone, et tapote un SMS a Stef: 'Suis au Perthus. Sauf grosse blessure, je serai finisher. Bisous à tous les 4'.... l’émotion me monte en tapant ce SMS, car pour la première fois, je me rends vraiment compte que je tiens le finish, et quitte à ramper.... je serai au bout. Allez, plus que 35km, je repars en 50eme place.

Longue grimpette vers le col de l'Ouillat, on quitte l'affreux Perthus pour à nouveau prendre de l'altitude. Bonne nouvelle, les jambes sont toujours présentes, je monte de manière continue, sans avoir besoin de faire de pause. Les entraînements, au cours de ces derniers mois, ont été appropriés. En réfléchissant, et

basé sur mes ressentis, je pense que les séances suivantes m'ont vraiment permis de progresser: i) des intervals-VMA, fais principalement sur tapis en salle en incliné, pour booster la FCM, ii) des sorties longues, principalement entre 4h et 6h, enchaînant plusieurs montées/descentes, à rythme maxi 135-140 pulses (montées an marchant, souvent avec bâtons) – et certaines en bloc sur 2 à 3 jours consécutifs, et iii) quelques séances très spécifiques 'downhill' ou 'cassage de fibres/explosion des quadris' comme j'aime les appeler. Bien sur, j'ai aussi fait gainage, PPG, un peu de tempo/seuil, quelques fartleks, des sorties type 2h en dessous de 120 pulses pour la recup, et autres... pour varier les plaisirs et peaufiner les détails.

J'arrive au col d'Ouillat – puis je suis content de passer le ravito... mais c’était sans savoir que j'abordai une très longue phase de plats/faux plats.... que j'essaye de courir, mais impossible... même à lent rythme, les jambes sont trop lourdes et ça fait vraiment mal. Je décide donc de faire de la marche active. Plusieurs coureurs me doubleront, on échangera quelques mots (la plupart ont déjà fait la Diagonale des Fous, l'UT4M, etc... je dois passer pour le débutant). Heureusement, les premières vues sur la mer apparaissent, et c'est magnifique. On commence à voir la cote, Argelès, les différents bleus... ça motive bien. Passage au col des 3 Hêtres. Plusieurs coureurs me disent alors que l'avant dernière descente est très dure, près de 700m de D- qui amène à Lavall. Bon, je n'y fais pas trop attention, en général, je suis un bon descendeur, et puis on est un moins de 15 bornes de l’arrivée, c'est dans la poche. Au moment d'entamer cette descente, impossible de courir... les quadris sont à nouveau en feu...et c'est dur de repartir sereinement, car le terrain est technique et mauvais. Je fais donc progressif, sur plusieurs minutes, pour vraiment re-préparer les cuisses à la descente. Je lève la tête: une vue de ouf sur Argelès et la mer.... je comprends bien pourquoi ce trail a pour concept 'mer et montagne' aka 'des Pyrénées à la Méditerranée', c'est beau. Mais la mauvaise descente est toujours la. Les autres coureurs m'avaient prévenus pourtant, mais c'est pire que tout. La descente est un single, assez pentu, sur des tas de pierres et cailloux, encadré par des végétaux piquants qui s'accrochent à mes habits.... bref, c'est plutôt du 'saut de pierres' que du trail. Mais quitte à être dedans, autant le faire le plus vite possible, alors de décide d'y aller, de le courir tant bien que mal, d’accélérer.... les jambes répondent à nouveau, les bâtons aides à donf, et j'enchaîne. Je double pas mal de coureurs, et en regardant le topo après course, je me rends compte que j'ai gagné plus de 30 minutes versus goal simplement dans cette descente. Je plains ceux qui la feront de nuit, défoncés, surtout si la nuit met une petite rosée glissante sur les pierres.

155K, Lavall, avant dernier ravito, je fais le plein d'eau et je repars direct... dernière montée vers Valmy- Chapelle, je pars sur un très bon rythme, et vroum... ça monte, je passerai quelques coureurs du 75k qui m'avaient doublé plus tôt. Arrivée au dernier sommet, dernier ravito, il fait encore jour – 33h54 de course, il est presque 20h00, je suis 50eme, 4h d'avance sur le topo (j ai vraiment bien bougé dans la descente et la montée précédentes) plus que 8km, plus aucune montée, y a plus qu'a me laisser rouler bouler jusqu'au port, et toujours pas d'allus significatives. Je ressens soudain pour la 1ere fois un gros mal à l'orteil, j'ai clairement une énorme ampoule au petit. 2 solutions à ce stade: soit enlever la shoes, enlever la chaussette, percer et envelopper... soit ne rien faire. Plus tôt dans la course, j'aurai choisi la solution 'opération', mais la je me dis que je suis presque au about... alors option bourrin.... je mets la douleur dans un coin de ma tête, et je repars. Je sors la frontale car la nuit tombe, je fais attention aux appuis (c'est pas le moment de se faire une entorse), une dernière barre que je me force à manger pour éviter une éventuelle fringale (le sucre commence à attaquer mes dents à chaque bouchée, ça fait mal), c'est parti pour cette dernière descente. Surtout, bien suivre le balisage, c'est pas le moment de se perdre... d'autant que je vois devant moi un groupe de 2 coureurs qui remontent en grognant en s’étant perdu à une intersection. Pourtant, le balisage est ultra continue, au moins toute les minutes,,, donc impossible de se perdre longtemps. Le mental gagne la bataille contre l'ampoule. J'avale la descente, plutôt roulante, on voit les lumières d'Argeles, je commence à entrer dans la ville, plus que 3km... grosse motiv, je mets un coup d’accélérateur, on est maintenant sur du plat, j'entre dans le port.

On longe les quais et les restos du port. Pour la première fois il y a.... du public! Et oui, après 160km, des habitants (du haut de leur balcon) et des touristes (aux restos et aux bars) qui encouragent et félicitent, c'est toujours sympa. Le public, c'est pas la force de ce 'petit' ultra trail, on ne peut pas tout avoir. Je longe maintenant la plage, j'allonge la foulée, j'ai l'impression d'avoir les jambes légères (ce qui ne doit être qu'une impression...), ça y est, je suis finisher. 34H43, avec un max de plaisir, et les jambes qui ont tenu jusqu'au bout. C'est 4h de mieux que prévu, 47eme (on sera 155 finishers sur 211); et j'ai éviter une 2eme nuit dehors. Certes, c'est plus de 10 heures de plus que le premier, on ne joue pas dans la même cours. Je suis content d’être au bout. J'ai moins souffert qu'a la MaxiRace ou l'UT4M, qui ont pourtant été des efforts

de moins de 16h. J'ai bien géré cet ultra. J'échange quelques mots avec les bénévoles, je recup mon sac, puis objectif direct 'douche et dodo'. J'avais prévu de dormir dans ma voiture (la luxueuse Golf de Stef qui a 15 ans d'age)... mais j'apprends qu'il y a un gymnase à dispo, avec des paillasses pour dormir; nickel, se sera le grand luxe. De gentils coureurs m'emmènent au gymnase, douche à peine chaude, vêtements propres, perçage d'ampoule, coup de telef à la maison, dernière hydratation, je m'allonge sur mon matelas de gym au milieu d'un gymnase grand comme un stade, entouré de quelques autres coureurs. Il est 22h30, soit près de 41 heures sans sommeil. J'ai mis le réveil le lendemain pour 7h00... record du monde du délai de rapidité d'endormissement... le sommeil m'assomme.

Je ne suis pas un héros, ni un sur homme. Je suis, bien sur, fier d’être finisher, d'avoir vécu un bel ultra, d'avoir atteint l'objectif, de m’être 'prouvé à moi même' que j’étais capable' (et oui.... y a de ça aussi...), d'avoir vécu une belle aventure. Au moment ou j'écris ce récit, j'ai bien récupéré, très peu de courbatures post course, pas de douleur... comme quoi, le corps s'habitue a tout (j'ai eu bien plus mal après mon premier marathon, ou après la Maxirace en mai dernier qui avait tourné au calvaire). Mis à part avoir mangé comme un ogre pendant 48h post course, j'ai eu un rythme normal dans le jours suivants. J’espère seulement pouvoir continuer de trailer dans les mois et années à venir, car pour moi, chaque sortie, chaque entraînement est un plaisir en soi – j'aime suer, voir du paysage, bouger dans la nature, etc. D'ailleurs, le dimanche matin, à 8h00, en prenant un petit dej' sur la ligne d'arrivée (et oui, les derniers arrivent jusque 10h du mat), j'ai pu voir un somptueux levé de soleil rouge sur la mer Méditerranée, cette course c'est 'montagne et mer' je vous dis. Merci à tous celles et ceux qui m'ont soutenu. Et merci encore à Pierre, l'organisateur de cet ultra, et à tous les bénévoles, que l'on ne remercie jamais assez.

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